Enjeux

Au-delà de la crise de la représentation

Quels sont les enjeux auxquels les institutions professionnelles sont collectivement confrontées?

La critique des corps intermédiaires est une constante française du débat public. Celle-ci évolue aujourd’hui vers une crise généralisée de la représentation qui interroge au premier chef les partis politiques, les institutions professionnelles et la presse.

Quelques défis auxquels sont confrontées les institutions professionnelles

Syndicats professionnels, institutions ordinales, chambres consulaires, sociétés de gestion collective, organismes paritaires… Les institutions professionnelles répondront d’autant mieux à cette demande sociale qu’elles prendront la mesure des défis auxquels elles sont spécifiquement confrontées. On peut citer qui s’ajoute à la crise de la représentation précitée:
– Le développement d’une culture du management comme «savoir, savoir faire et savoir être». Cette culture transversale a souvent pour conséquence un délitement de l’identité liée au travail, au métier, à la profession.
– L’individualisation des droits sociaux qui brouille le sentiment d’appartenance (solidarité vs fraternité). Ce sentiment conditionne pourtant l’existence de tout «corps intermédiaire» en tant que représentant d’un «esprit de corps».
– L’effacement par le législateur des références aux appartenances pouvant filtrer la relation de l’État à l’individu. Témoin le sort réservé au «groupes professionnels» dans de récentes évolutions du Code de la sécurité sociale.
– La remise en cause récurrente de la représentativité, de la légitimité et de l’autorité des institutions professionnelles. Ces critiques rarement documentées pourraient faire l’objet de recadrages relativisant significativement leur portée.
– Les lieux communs difficiles à démonter sur le coût de la démocratie sociale. La réalité est à ce point incertaine qu’un think tank de tout premier plan estime très prudemment «entre 100000 et 200000» le nombre des mandats liés au paritarisme de gestion.
– Le mouvement de consolidations dans le consulaire, le financement de la formation, la protection sociale… Celui-ci pourrait s’étendre aux syndicats via les nouveaux critères de représentativité et la restructuration des branches professionnelles.
– La démobilisation des instances professionnelles, paritaires ou tripartites par des conventions d’objectifs – légitimes dès qu’il y a « mission de service public » – que la représentation professionnelle vit comme difficilement négociables.
– La transposition aux institutions professionnelles d’une culture, de méthodes et de pratiques issues du management. Cette transposition se traduit souvent par la réduction du modèle institutionnel au « business model » du secteur marchand…

La démocratie sociale au risque de la «consultation des parties prenantes»

La liste de ces sujets d’intérêt commun n’est évidemment pas exhaustive. Elle se nourrit aussi d’un environnement dont on sous-estime les mutations. Parmi celles qui pourraient intéresser les institutions professionnelles:
– la substitution de la norme technique à la règle juridique;
– la fortune d’expressions telles que «gouvernance», «régulation» ou «management»;
– la simplification du discours sur les conditions de la concurrence;
– le passage insensible de la responsabilité sociale à la responsabilité sociétale;
– l’organisation croissante des usagers-clients (santé, banque, transports…);
– le succès de statuts échappant à la négociation collective (micro-entreprise);
– l’explosion des places de marché virtuelles («ubérisation»);
– le développement de l’économie «CtoC»…

Cabinet 1864 défend la notion d’institutions professionnelles parce que les syndicats professionnels, les institutions ordinales, les chambres consulaires, les sociétés de gestion collective, les organismes paritaires (…) ont «partie liée». Leurs différences, leurs divergences voire leurs conflits – si fertiles au fond en longue période – présupposent la scène réglée d’une démocratie sociale que tout concourt à diluer dans l’exercice moins contraignant de la «consultation des parties prenantes». Déjouer les ruses de la rhétorique contemporaine pour préserver le «libre jeu de la représentation collective des intérêts» (Alain Supiot) conditionne leur capacité à relever les nombreux défis auxquels elles sont collectivement confrontées.