Enjeux

Le modèle politique français est « plus centralisateur et plus hostile aux corps intermédiaires que ce qui prévaut partout ailleurs en Europe » (Pierre Rosanvallon). Cette spécificité reste d’actualité ainsi qu’en témoignent d’innombrables prises de positions sur les corps intermédiaires, les syndicats, le paritarisme, le Conseil économique, social et environnemental, le bicamérisme… Les organismes professionnels ne sont évidemment pas épargnés par cette remise en cause de toute représentation structurée des intérêts collectifs. Leur pérennité supposera un discours commun sur les bénéfices de leur action entre l’entreprise et le marché… sur la nécessité d’une articulation équilibrée de l’intérêt privé, de l’intérêt collectif et de l’intérêt général.

 

Les organismes professionnels ont su prospérer malgré cet espace mental difficile. Ils n’en sont pas moins confrontés aujourd’hui à de profondes mutations au premier rang desquelles le passage de l’ingénierie au management (« l’orientation client »), la transversalité de la révolution numérique (la valeur, c’est l’information) ou l’émergence de l’économie collaborative (CtoC). Ces mutations alimentent de nombreux clichés sur la conception libérale de la concurrence, contribuent à la multiplication des monopoles naturels, ne permettent plus aux entreprises de jouer pleinement leur rôle dans la création d’emplois… Les organismes professionnels ne seront audibles dans ce contexte qu’en métissant leur culture de l’économie réglementée d’un discours argumenté sur la place de la régulation dans toute économie de marché.

 

Les organismes professionnels voient leurs organisations, savoir-faire, propositions de valeur et relations aux entreprises profondément affectés par ces mutations. Leurs adhérents (ou affiliés) s’avèrent de surcroît moins attachés à des problématiques de gouvernance qu’à la capacité d’action de leur instrument institutionnel — les organisations professionnelles d’employeurs sont par exemple perçues comme des « coopératives professionnelles d’influence » surtout jugées sur leurs résultats. Optimiser leurs modèles institutionnels leur garantira de relégitimer leur alliance de la représentation avec l’expertise, de clarifier leur position dans le paysage institutionnel et d’initier un marketing stratégique répondant aux nouvelles attentes des entreprises.